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LES AMIS DU VIEUX FECAMP ET DU PAYS DE CAUX

Mercredi 23 mai 2018 a eu lieu la visite
du musée par Mme Marie-Hélène Desjardins
à l'occasion du 90e anniversaire de la mort du Dr Dufour (le 23 mai 1928).



Madame Desjardins nous accueille à l'espace de l'Enfance

    Devant le tableau « du guichet d'abandon » devant le « tour d'abandon », elle nous replonge dans le XIXe siècle où l'abandon pouvait être une chance pour le nouveau-né entrant en orphelinat ou en hospice, là il était bien nourri et soigné.
    Les « hottes de meneurs », collection du Dr Dufour, nous rappellent que les femmes travaillant ne peuvent allaiter, car elles ne sont pas dans leur foyer et épuisées, leur lait est de mauvaise qualité. Les femmes de la haute société, elles, mettent leurs enfants en nourrice, car il est inconvenant de s'occuper de cette « chose ».
    Sur le tableau de la « gardienne d'enfants », les enfants mis en nourrice sont installés dans des « huches » et ont dans leurs langes, ce biberon à long tuyau qui leur permet de sucer à volonté le lait, tout seuls, sans contact humain.

    Puis devant l'exposition de tous les biberons.

     Léon Dufour constate que la mortalité infantile si importante à Fécamp (comme dans les villes minières ou textiles de l'époque ) est due à trois causes :
        a) l'absence d'hygiène générale,
        b) le lait de mauvaise qualité, frelaté (coupé d'eau ou mélangé à du plâtre),
       c) le biberon au long tuyau qui ne peut être bien nettoyé et où prolifèrent les microbes.
   
    Léon Dufour met en œuvre plusieurs mesures pour améliorer l'hygiène, mais se rend vite compte que ce n'est pas efficace. Il s'accorde un temps de recul malgré l'urgence de la situation et prend « la ferme résolution de faire de cette lutte la directive de sa vie ». Il combat ce biberon et pense que « le tolérer, c'est favoriser l'infanticide », car ce sont les gastro-entérites qui provoquent cette importante mortalité. En 1894 il crée « La Goutte de Lait » rue de l'Aumône et à partir de 1934 les locaux seront installés boulevard de la République.

    Un bon lait sera distribué dans des flacons propres, faciles à utiliser auxquels on pourra adapter une tétine pour ne pas transvaser le lait et éviter ainsi toute contamination. Léon Dufour a essayé, en vain, avec l'humanisateur de modifier par décantation, le lait de vache pour en faire un lait proche du lait maternel.

    Il affiche que « faute de mieux » La Goutte de Lait est une œuvre qui lutte contre la mortalité infantile par tous les moyens possible :
        a) elle donne conseil aux mères,
        b) elle encourage l'allaitement maternel,
        c) elle distribue du lait quand le sein fait défaut ou est insuffisant.

    Cette œuvre représente un coût important. Léon Dufour épouse Jeanne Legrand, fille d'Alexandre Legrand, fondateur de la Bénédictine. Il demande et réussit très bien à avoir l'aide financière des dames de la bourgeoisie fécampoise.

  
    Il impose quatre conditions à la distribution du lait :

        a) la consultation obligatoire une fois par semaine.

        La consultation du Dr Dufour a été difficile à mettre en place. Le médecin s'interposant entre l'enfant et la mère, celle-ci se sent dépossédée de son rôle.
       Le lieu de la consultation devient un lieu pédagogique. Léon Dufour décide que la porte du cabinet de consultation restera ouverte pour que les conseils qu'il donne aux mères soient entendus de toutes.
       Sur les murs de la salle d'attente et de déshabillage, il avait fait peindre des phrases qui donneront aux mères des notions sur l'hygiène du bébé et de la maison, sur l'alimentation,  l'habillement de l'enfant...
      Aux murs était accrochée une collection de moulages en plâtre peint de selles pour aider les mères à expliquer au médecin ce qu'elles avaient constaté et ainsi faciliter le diagnostic.

           b) La pesée : c'est nouveau et difficile à mettre en place.
       c) Le carnet de santé : autre nouveauté, pour évaluer la santé et la croissance de l'enfant.
        d) La solidarité : chaque famille aisée demanderesse de la distribution de lait  devra s'engager à payer pour un ou plusieurs enfants nécessiteux et ainsi les enfants deviennent
« frères ou sœurs de lait ».

Dans un  autre espace le musée rend hommage au  « Bon Docteur Dufour ».

        Léon Dufour est reconnu par les médecins, les politiques ; ses idées s'imposent, il participe à de nombreux congrès. Sa récompense est que « La goutte de Lait » se répande rapidement dans le monde entier. Les femmes d'ambassadeurs, informées des résultats de l'Oeuvre, viennent à Fécamp rencontrer Léon Dufour et en rentrant dans leurs pays contribuent à mettre en place des « Gouttes de Lait ». Les lieux et dates de ces mises en œuvre sont affichés sur un planisphère.

        Ses collections, obtenues en confisquant les mauvais biberons, les talismans, remèdes de rebouteux censés guérir, étaient exposées dans le cabinet de consultation pour que les mères sachent ce qu'il fallait faire.

     Homme désintéressé pour qui l'argent importait peu et dont Madame Chédru, la trésorière de la Goutte de lait, « fut celle qui régularisa les battements de ce cœur trop généreux ».

        Il était un passionné d'histoire, d'archéologie, Président fondateur de l'Association des Amis du Vieux-Fécamp. Une de ses filles a épousé le Dr Maupas qui a continué son œuvre. Celle-ci a perduré jusque dans les années 70. Les notions d'hygiène comprises et adoptées, le progrès social, la création de l'Aide sociale à l'Enfance expliquent la disparition de la Goutte de Lait en France et dans le monde, ce rôle revient aux autorités sanitaires et sociales.
         Le buste de Docteur Dufour du  sculpteur Saladin est dans le parc du centre-ville; une rue porte son nom et un chalutier a aussi eu son nom.

Mme Françoise Capon