| Le chanteau et les bals Aux
alentours de midi, les invités se rendent au « chanteau », celui-ci se
déroule sous les halles du marché. « La St-Pierre, fête religieuse et
païenne à la fois avait conservé des règles et des rites très anciens,
son chanteau, c'était la réunion sous les halles devant des tables
nappées sur lesquelles étaient posés, verres, bouteilles, brioches en
grande quantité. Une fois les cérémonies terminées, les autorités
civiles et religieuses, armateurs, capitaines et marins venaient
déguster les vins en mangeant de la brioche. Mais il fallait des sous
pour tout cela. il y avait une règle, c'était les deux plus jeunes
capitaines que l'on désignait pour collecter, pour chiner l'argent
nécessaire »
Ensuite, se souvient Léonce Bennay, « la fête païenne commençait à la maison où l'on mettait les petits plats dans les grands ». Le soir un ou plusieurs bals sont organisés, l'un au casino, les autres sous les halles ou à la Rouge. « Le soir, les bals de la St-Pierre, au casino, à la Rouge, sous les halles, sans se soucier du lendemain. Mais pour les bals il y avait ségrégation, au casino, c'était les armateurs, capitaines, commerçants, bourgeois et leurs familles ; le gratin. Les toilettes, les bijoux, les fourrures, en somme une concurrence de gens bien. C'était une attraction pour les gens du quartier du port qui attendaient aux portes du casino l'arrivée des calèches apportant leur contingent de nantis. Ça bavachait parmi les curieux et patati et patata. Cela faisait partie du folklore. Dans les autres bals, c'était la foule du populaire qui s'en donnait à coeur joie et les bals terminaient tard et souvent les gens, les marins renculotaient le lendemain. N'oublions pas qu'ils partaient pour huit mois ». | ![]() |
![]() | 1946-1956 La sainte propagande De 1946 à 1956, le monde de la pêche morutière française est dans un état de grâce, les notions de gestion des ressources sont l'apanage de quelques scientifiques « illuminés » de I'O.S.T.P.M (14) qui n'inquiètent guère les armateurs et le gouvernement. Ces scientifiques comme Anita Conti avaient commencé à prédire dans les années 50 qu'il fallait réfléchir à un plan de gestion de la ressource de morue sous peine de voir la pêche française s'écrouler. Comme le poisson donnait à « bloc », ces sages conseils furent unanimement oubliés par l'ensemble de l'armement national. La Saint-Pierre des marins de Fécamp, tout comme le Grand Pardon des Terre-Neuvas de Saint-Malo, sont devenus durant cette période le rendez-vous politique de l'hiver. Même si le vote des marins est considéré comme négligeable par les politiques (15), celui des armateurs et de leurs amis par contre ne l'est pas. Les armateurs et les politiques utilisent l'image et la symbolique de ces grandes fêtes pour deux choses. La première est un formidable outil de communication permettant de promouvoir la vente de leurs produits : la morue sous toutes ses formes et ses dérivés. La seconde, beaucoup plus politique, montre l'image d'une profession courageuse (le seul point incontestable), moderne, chrétienne et... riche, mais en masquant bien entendu, la souffrance, l'isolement et les risques qu'encourent les hommes sur les bancs de pêche. Ce type de communication est récurrent dans les discours des hommes politiques, armateurs et du clergé présents lors de ces fêtes. Ces discours ne sont pas destinés uniquement aux habitants des ports de pêche, mais servent à donner un exemple symbolique à a nation toute entière. |
| En février 1966, la population fécampoise boude la fête, la neige et le
froid de l'hiver y sont pour une part, mais malgré l'arrivée de
nouvelles unités, comme le chalutier congélateur VIKING baptisé à
Fécamp en mai 1965 et la construction de deux congélateurs pour la
Havraise de Pêche, le NÉVÉ et le MARIE DE GRACE, la crise et le chômage
sont bien là et les marins ont encore le souvenir des six chalutiers
désarmé en 1965 (21). Les syndicats d'armateurs et de marins font appel au gouvernement pour aider la pêche. La réponse de M. Bettencourt, secrétaire d'État aux transports est nette « Ne croyez pas que le gouvernement fera tout... c'est à vous d'abord... » publie en gros titre Le Progrès de Fécamp. En 1969, la date de la célébration de la Saint-Pierre est portée au 28 décembre, les années suivantes cette date sera comprise entre Noël et le Jour de l'An, en 1971 le 26 décembre et en 1972 elle a lieu le 24 décembre, les marins ainsi que les armateurs eux-mêmes désertent cette fête. Quelques années plus tard, malgré les efforts et le dévouement des capitaines Jean et Eugene Rocher pour essayer de relancer cette cérémonie, le moral n'y est plus, les moyens non plus. Voici un extrait du communiqué de presse signé par les deux frères. « Le nombre toujours décroissant de chalutiers et donc de marins, principalement à la pêche morutière, incitent les commissaires de la St-Pierre à devenir plus modestes dans leurs projets. Aussi pour la prochaine St-Pierre qui aura lieu le 26 décembre le cortège habituel sera supprimé... » (22). La Saint-Pierre des Marins s'éteindra après sa dernière messe le 26 décembre 1976. | ![]() |
NOTES
1. Extrait d'un manuscrit commencé en 1837
2. Alain Cabantous & Michel Mollat Histoire des pêches maritimes en France. Privat, 1987
3. Alain Cabantous & Michel Mollet Histoire des pêches maritimes en France. Privat, 1087, page 227
4. Journal de Fécamp, 29 janvier 1950.
5. Alain Cabantous & Michel Mollat: Histoire des pêches maritimes en France. Privat, 1987, page 235
6. Précision du Capitaine Jean Flecher
7. Actuellement, à l'endroit du magasin « Hall du Cuir »
8. Journal de Fécamp, 1er Février 1903.
9.
A cette époque, mon grand-père Léonce Bermay, qui
avait été reçu constructeur de l'État et
qui était contremaître au chantier Argentin, gagnait 5frs
par jour.
10. La pêche Maritime du 15 février 1936
11. La pêche Maritime du 15février 1939 n° 795
12. La pêche Maritime du 15 février 1949
13. Le CHRISTIAN en 1950
14. Office Scientifique et Technique des Pèches Maritimes, le grand-père de IFREMER
15. Les marins votaient rarement, étant souvent en mer lors des élections
16. Les pêches Maritimes, n° 959 février 1968, page 65
17. Les pêches Maritimes, n° 972 mars 1959, page 129
18. Les pêches Maritimes, n° 971 février 1959, page 65
19. Les pêches Maritimes, n° 1019 février 1963, page 73
20. Les pêches Maritimes, n° 1019 février 1964, page 87
21. Le Progrès de Fécamp du 18/1/1965
22. Archives municipales de la Ville de Fécamp

