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L'abbatiale de la Sainte-Trinité

Louis LAGARDE

 

La majestueuse église abbatiale de la Sainte-Trinité a des proportions de cathédrales. C'est à coup sûr l'architecture la plus remarquable du patrimoine fécampois.

Située au coeur de la cité médiévale qu'elle domine de sa haute Tour Lanterne, la Sainte-Trinité donne d'abord une impression d'austérité, par ses longues murailles extérieures percées de petites fenêtres ogivales. Les arcs-voutants sont réduits à des arcatures sobres et massives ; ils reposent sur des contre-forts puissants qui rappellent une église fortifiée.

Au soleil couchant, les murs prennent une chaude teinte rosée qui atténue les rides de la pierre trop âgée. Ils sont dans l'attente imminente d'une urgente restauration pour réparer les attaques du temps et d'un climat maritime corrosif pour un monument presque millénaire.

A peine franchi le grand portail baroque du XVIIIe siècle, insolite pour un monument gothique, l'élégance de l'immense architecture verticale, très sobre et très dépouillée, interpelle le pèlerin ou le visiteur. Le regard est attiré vers le haut : c'est l'invitation à la prière. Les habiles moines-maçons du Moyen-Age ont su illuminer toute la grande nef d'un éclairage presque irréel : il provient des fenêtres hautes, à peine visibles, effacées dans l'épaisseur des murailles.

Cet ensemble architectural donne une impression de grande unité ; pourtant, les moines bénédictins, pendant près de huit siècles, ont apporté de nombreuses modifications, et l'église paroissiale établie depuis 200 ans continue ses aménagements.

Les visiteurs peuvent ainsi retrouver l'évolution de la foi à travers les siècles.

Les chapelles, de pur style roman au nord du déambulatoire, rappellent que l'église précédente fut incendiée au milieu du XIIe siècle. Les merveilleuses clôtures des chapelles attestent l'influence italienne de la Renaissance. Dans le choeur, le baldaquin en bois doré, les marbres somptueux du maître-autel prouvent la qualité presque théâtrale de la liturgie du XVIIIe siècle. La piété des paroissiens aux XIXe siècle et XXe siècles a su remettre en état un sanctuaire lourdement éprouvé par le vandalisme des révolutionnaires de 1789.

Et toujours, la majestueuse Tour-Lanterne illumine le choeur où se tenaient les moines : elle manifeste la qualité artistique des moines, architectes normands du Moyen-Age.

Cliquez sur les images pour les agrandir.

 

9ème CENTENAIRE DE LA DEDICACE

DE LA SAINTE-TRINITE

 

C'est une initiative du Père MABILLE et de l'association des Amis de l'Abbaye qu'il convient de saluer avec enthousiasme.

Les Amis du Vieux Fécamp marquent leur satisfaction d'en avoir été les partenaires. Cet évènement a porté les flashs de l'information sur plus d'un million d'auditeurs qui ont entendu la messe radiodiffusée sur France Culture.

L'abbaye en dehors du fait acquis d'un site unique et prestigieux, est en train de se donner une notoriété d'un lieu exceptionnel devant être visité, ce qui va être organisé sur juillet et août.

Faire rayonner les vieilles pierres de l'abbaye, c'est augmenter ses chances d'être protégée.

A propos de ce 9ème centenaire, il nous a semblé utile d'apporter un éclairage sur les anniversaires religieux qui se multiplient. Le texte ci-dessous de L. LAGARDE répond aux questions qui peuvent se poser.

« Les anniversaires religieux se multiplient et semblent dérouter les Fécampois !

et il y a encore beaucoup d'autres occasions qui pourront donner lieu à de nouveaux rassemblements.

Le lien commun à toutes ces solennités est pourtant la preuve évidente de la notoriété et de l'importance de la grande abbaye de la Sainte-Trinité de Fécamp à travers les siècles.

En 1958, le 13ème centenaire évoque la longue et importante présence du catholicisme dans le Pays de Caux : c'était au début du VIIe siècle, le Pays des Calètes.

En 2001, le millénaire rappelle l'arrivée à Fécamp d'un moine célèbre appelé par le Duc Richard II pour établir la sage règle de Saint Benoît dans le nouveau duché de Normandie. Il devient Guillaume de Fécamp. Il est en 1998 le patron de la nouvelle paroisse : la paroisse Saint-Guillaume-de-Fécamp.

En 2006, le 9ème centenaire de la dédicace rappelle qu'en 1106, les Fécampois du XIIe siècle n'ont pas hésité à choisir pour leur nouvelle église paroissiale le plus prestigieux parrainage : Dieu Lui-même, en 3 personnes : la Sainte-Trinité est une et indivisible.

C'est ce parrainage qui avait déjà été choisi au VIIe siècle par Waninge et Saint-Ouen, archevêque de Rouen, pour le 1er monastère de religieuses, peu après détruit de fond en comble par l'invasion des Vikings.

La même dédicace est reprise en 990 par Richard 1er, duc de Normandie, et par son frère Robert, archevêque de Rouen.

Ces deux premières églises étant entièrement détruites, Guillaume de Ros, 3ème abbé de Fécamp, est le constructeur d'une troisième église romane. Il demande à Guillaume Bonne-Ame de procéder à la même dédicace de la Sainte Trinité.

La nouvelle grande abbatiale est une des premières églises à déambulatoire. Elle est d'une importance à peine suffisante pour accueillir les pèlerins venus de partout pour honorer les reliques du prestigieux « Thrésor de Fécamp ».

L'église suivante, construite à la suite de l'incendie de 1168 n'a pas besoin de dédicace puisque le plan du chÏur, des deux chapelles et du déambulatoire est conservé. Les pèlerins continuent à affluer et la nef est encore allongée de quatre travées.

Les Fécampois de 2006 peuvent être fiers de posséder, au fond de leur étroite vallée, un des plus remarquables monuments religieux de France, le 16ème sur la liste des Monuments historiques. C'est en fait une église plus importante que la cathédrale de Rouen, elle est même plus longue que la cathédrale Notre-Dame-de-Paris ! La tour lanterne et l'élégante architecture intérieure de la Sainte-Trinité se situent parmi les meilleurs témoins du gothique normand.

Par l'intermédiaire des moines-bâtisseurs, l'Ecole de Fécamp a largement participé aux constructions religieuses du duché de Normandie et du royaume d'Angleterre.

A l'occasion de l'anniversaire de la dédicace de la Sainte-Trinité-de-Fécamp, une exposition de 9 panneaux est présentée dans le déambulatoire sud de l'abbatiale :

 

Louis LAGARDE