Il commence ainsi :
« C’est le devoir d’une société comme celle de
l’Association du Vieux-Fécamp, de rappeler le souvenir des
hommes qui ont marqué leur époque de leur talent, de leur
génie parfois.
Ce n’est pas seulement un devoir, mais aussi un honneur pour nous de
faire revivre aujourd’hui la belle, la noble figure de René
LEGROS
Il est né à Fécamp le 19 juin 1872, rue du
Val-aux-Clercs, n° 53. Son père Alexandre Legros,
était un banquier de la place. Sa mère, Juliette
Delaunay, une femme admirable, fort instruite et musicienne. Alexandre
Legros, ancien maire de Fécamp de 1870 à 1874, eut le
mérite de défendre sa ville, avec
opiniâtreté, face aux troupes allemandes durant les
années terribles de 1870-1871. Il en fut, à nouveau, le
maire de 1878 à 1882. C’est à cause des éminents
services rendus par lui à la collectivité
fécampoise que la municipalité donna, en 1884, son nom
à l’ancienne rue du Vieux-Marché où se trouvait sa
banque (aujourd’hui Crédit Fécampois) et son domicile
(vendu à M. Stéphane Le Monnier en 1926, devenu
aujourd’hui le Musée de la Ville de Fécamp).
Une telle ascendance dut influencer fortement l’esprit du jeune
René Legros. La politique demande une certaine
compréhension des hommes et des choses ; la banque, un
réalisme sûr ; l’art, une certaine liberté
d’esprit. Nous trouverons cet heureux mélange en notre
personnage.
A onze ans, on l’envoie faire ses études à l’Institution
Join-Lambert, à Rouen. Il s’y fait remarquer par son
intelligence, mais, déjà curieux de tout et
héritant en cela les heureux dons de sa mère qui lui
avait donné ses premières leçons de piano, on le
voit se priver des récréations pour étudier la
musique plus à fond. Il apprend l’orgue avec Ch. Haumesser qui a
laissé la réputation d’un excellent musicien, puis avec
Latouche, titulaire du grand-orgue de Saint-Godard de Rouen. Il devient
l’organiste de l’Institution et il va jusqu’à conduire,
dès l’âge de quinze ans, la maîtrise avec l’art
consommé d’un maître de chapelle. Revenu à
Fécamp, il touchera les orgues de Saint-Etienne,
succédant à Mme Alexandre Constantin, de 1887 à
1891. Il doit suspendre ses activités pour raisons de
santé en 1891 et 1892. Rétabli, il devient titulaire des
grandes orgues de l’abbaye de Fécamp en 1893, après
Eugène David, et le restera jusqu’en 1904, date où un
accident le prive de la phalange d’un doigt. Dès 1894, il
procède à l’installation de la commande mécanique
automatique d’une nouvelle soufflerie avec moteur Henrion 250 volts, un
cheval, pour suppléer les deux souffleurs. En même temps,
il remplace l’éclairage au gaz dans cette même abbaye par
l’électricité, et l’inauguration de cet éclairage,
en avance sur l’époque, attire une grande foule de gens venant
de partout dans le département. Voilà quelques aspects
des capacités de René Legros arrivant à
l’âge d’homme. Mais, il doit prendre sa voie. |

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